Heureux celui qui écoute !

Peut-être l’avez-vous remarqué : pour répondre à une question, surtout si elle est embarrassante, certains ont pris l’habitude de commencer par dire, avec une pointe d’agacement : « Ecoutez ! » C’est peut-être le signe que l’écoute, la véritable écoute, sans a priori, bienveillante, accueillante, est un art difficile… Et pourtant, toute relation vraie commence par l’écoute…

Dans la Bible et l’Evangile, l’invitation à écouter est fréquente : « Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est l’Unique Seigneur… » (Dt 6, 4) ; « Ecoutez : voici que le semeur est sorti pour semer… Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » (Mc 4, 3.9)…

Les personnages de la Bible sont d’abord des femmes et des hommes d’écoute : pour discerner et réaliser ce que nous appelons « la volonté de Dieu », ils ne sont pas en relation directe avec lui, mais ils ont dû mettre toute leur personne en état d’écoute, d’accueil, de disponibilité, de veille… Comme le Fils de Dieu lui-même, lui qui est totalement « tourné vers Dieu » (Jn 1, 2) : lorsqu’il vient dans le monde, il dit : « Tu m’as façonné un corps… Voici, je suis venu pour faire ta volonté » (He 10, 5.9)… et pour cela, il se retirait dans la montagne ou dans un lieu désert pour prier…

Un exemple peut nous aider dans notre prière et dans notre action, c’est celui de Marie, mère de Jésus. Luc dit par deux fois : « Quant à Marie, elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur… Sa mère gardait tous ces événements dans son coeur » (Lc 2, 19.51). Nous imaginons parfois Marie comme une extra-terrestre, qui aurait vécu sans difficulté, parce qu’elle avait « la faveur de Dieu » (1, 28). L’évangéliste est discret sur la psychologie de Marie, car son objectif n’est pas là. Mais il nous montre bien qu’elle fut une femme de foi. Elisabeth loue le Seigneur en disant : « Bienheureuse celle qui a cru : ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira ! » (1, 45). Plus loin, après la présentation de Jésus au Temple, Luc note : « Le père et la mère de l’enfant étaient étonnés de ce qu’on disait de lui » (2, 33).

Plus encore, après avoir retrouvé Jésus au Temple lorsqu’il avait douze ans : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait » (2, 50). Le mystère de Dieu et de son fils Jésus ne fut une évidence pour Marie. En cela, elle nous ressemble et elle nous invite à lui ressembler, en particulier dans son écoute de la parole de Dieu : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (8, 21). A la femme qui dit : « Heureuse celle qui t’a porté et allaité ! », Jésus répond : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent ! » (11, 28).

Ecouter, retenir, garder, observer, mettre en pratique : si nous voulons vivre en disciples de Jésus, faire comme lui la volonté du Père, la première attitude est la disponibilité qui passe par l’écoute, mais aussi le regard, l’attention aux signes que Dieu nous donne lorsque nous faisons silence pour prier, et aussi à travers les événements, les personnes.

Cette perception des signes n’est pas immédiate. Elle demande ce qu’on appelle une « relecture », que nous pouvons faire seul ou en partageant avec une personne en qui nous avons confiance et qui peut nous aider dans le discernement, sans le faire à notre place, car Dieu parle à chacun personnellement, dans son peuple et pour son peuple. Un chant à Marie souligne à la fois ces deux dimensions, personnelle et communautaire : « Au sein du peuple de l’Alliance, tu me fais signe d’avancer ».

Si, régulièrement, nous prenons le temps de nous arrêter pour relire notre vie, ou même notre journée, et pour recueillir les clins d’œil ou « clins-Dieu » que le Seigneur nous adresse – et les noter sur un carnet personnel -, nous pourrons plus facilement faire un choix, nous orienter, prendre une décision. Un jeune prêtre témoigne: « C’est en relisant mon carnet personnel, tenu régulièrement, que j’ai perçu que Dieu m’appelait au ministère presbytéral »…

F. Jean-Yves Hamon

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L’été est là

Un mot vient souvent sur les lèvres en cette période d’été, dans l’hémisphère nord. Il est accompagné de l’adjectif « bonnes » ou « agréables », c’est le mot « vacances » ! Mot magique qui vient du latin vacans, « qui est vide » ! Les vacances seraient donc un temps « vide » que chacun a le « loisir » de remplir à sa guise.

« Loisir » : voilà un mot qui sonne bien ! Mais sommes-nous égaux devant ce « loisir » ? En ces temps d’austérité », beaucoup, en effet, chercheront à faire des « économies », à moins que des économies antérieures leur permettent de « s’offrir » un peu de vacances ou d’en « offrir » à leurs enfants !

« Remplir » ? Est-il nécessaire que le mot « vacances » rime avec « dépenses » – pour avoir toujours plus ? On peut choisir de le faire rimer avec « prudence » sur la route – cela représente beaucoup d’économies-, ou avec « silence » – une économie de bruits et de paroles creuses, ça fait du bien aussi !, ou avec « présence », à soi-même, aux autres, à Dieu.

Du coup, les vacances ne seraient-elles pas un moment propice pour préférer, du moins pour un temps, une société de relation à une société de consommation, pour être plutôt que paraître ou avoir, pour ajouter de la vie à nos journées, une bonne « valeur ajoutée ! » ?

Finalement, ce sont les vacances les plus économiques et les plus relationnelles qui sont peut-être les plus belles. Et ces vacances-là, nous pouvons les offrir à d’autres, sans vider notre portefeuille, sans nous priver nous-mêmes. Expérience que font ceux qui donnent de leur temps pour d’autres… pendant leurs vacances, ceux qui accueillent un enfant pour un temps de vacances…

« C’est en donnant qu’on reçoit », c’est en « se vidant » qu’on se trouve ! De telles vacances nous feront un bien immense, au plan de la santé, du moral, de la joie de vivre… avec en prime, des économies !

Alors, bonnes vacances à chacune et chacun !

F. Jean-Yves Hamon

 

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40 jours de Carême et un petit test

Nous voici dans le temps du Carême. Nous connaissons encore certains jours les rigueurs de l’hiver (froid, pluie, vent…) et nous sommes déjà invités à nous tourner vers la fête de Pâques, associée au printemps.

Un chemin vers la lumière de PAQUES.

Pâques est, en effet, l’horizon de notre démarche. Les quarante jours du Carême sont un chemin qui nous fait traverser le désert pour nous ouvrir à la vie. Le désert fait penser au manque, au jeûne, à une forme de privation, dont le but est d’orienter notre désir vers quelque chose de mieux. IL ne s’agit pas de  nous « mort-ifier » mais au contraire de nous « vivi-fier », de nous faire du bien, en creusant en nous un espace afin d’accueillir ce que Dieu seul peut nous donner : sa Vie en plénitude.

Pour favoriser cette ouverture au Don de Dieu, chacun peut chercher le moyen adapté à sa situation, à son existence concrète, à sa vie de tous les jours. CE moyen n’est donc pas un effort « extra-ordinaire », il est à choisir dans l’ « ordinaire » de la vie, par exemple la relation à Dieu –prière, lecture de la Parole de Dieu…), ou la relation aux autres – partage, solidarité, écoute-, ou la relation aux biens – jeûne de nourriture, de boisson, de tabac, d’internet et d’ordinateur, de TV…

Pour savoir si le moyen ou « effort » choisi pour ce Carême est bon, un petit test : est-ce qu’il me rend moins désagréable à l’égard de ceux qui vivent avec moi ? Est-ce qu’il met la paix et la joie dans mon cœur ?

F. Jean-Yves Hamon

Nouvelle année : bénédiction

Bénir, c’est parler bien ou dire du bien de quelqu’un (bene-dicere). Nous bénissons Dieu qui nous donne tout. Mais c’est d’abord Dieu qui nous bénit. La bénédiction est comme le B-A-BA de toute relation vraie. Bénir devrait être l’attitude de base de tout éducateur (parent, enseignant, animateur). Les enfants ont besoin que leurs parents et leurs éducateurs les bénissent. A leur tour, ils adresseront aux adultes qui leur font confiance, et en qui ils ont confiance, des paroles de bénédiction, de reconnaissance, de remerciement.

Pour avoir confiance en nous et grandir, nous avons besoin d’être bénis, d’entendre des paroles encourageantes, qui nous aident à vivre, à continuer la route, à franchir les obstacles, à surmonter les épreuves… Rappelons-nous toutes ces paroles qui ont été pour nous facteur d’épanouissement, de croissance… A l’inverse, d’autres paroles nous ont fait mal, nous ont détruits, découragés, abattus, exclus, rejetés…

Dans l’évangile de Marc (10, 46-52), nous trouvons cette situation : Bartimée, un mendiant aveugle, est sur le bord du chemin, hors course !… Jésus s’adresse à lui par l’intermédiaire d’autres personnes -Jésus aime les intermédiaires- : « Confiance, lève-toi, il t’appelle ». Voilà une parole de bénédiction, une parole qui remet debout, une parole bien-veillante (qui veut du bien) et bien-faisante (qui fait du bien).

Adressons-nous les uns aux autres des paroles de bénédiction. En agissant ainsi, nous contribuons au bien-être de ceux qui vivent avec nous, et nous sommes vraiment les enfants de Dieu qui ne cesse de nous bénir… Il n’est jamais trop tard pour commencer !

F. Jean-Yves Hamon

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Avent : semence et commencement

Bordères - Cap Nestes 1207 - 02

Le temps de l’Avent, qui ouvre une nouvelle année liturgique, évoque les commencements et me fait penser aux paraboles de l’Evangile qui parlent de semence.

L’Avent, c’est le temps où le semeur sort pour semer de la bonne semence, qui donnera de beaux épis et du bon pain : il sème et fait confiance à la semence. Le temps où il faut bêcher et mettre du fumier dans la terre autour de l’arbre pour qu’il produise de bons fruits. Le temps de la générosité, de la confiance, de l’espérance : la terre donnera son fruit, la moisson sera belle, les hommes auront du pain à manger. Le temps du regard bienveillant, pour discerner dans la nuit, le froid et le brouillard, tout ce qui germe, pousse, grandit, silencieusement. Le temps de la générosité et du partage : des actions pour un Noël solidaire…

Certes, dans notre vie et dans notre monde, comme dans la nature, la mauvaise herbe pousse aussi : tout ce qui s’oppose à la croissance de la bonne semence. Mais la bonne semence et la mauvaise herbe sont intimement mêlées : inutile de rêver à des croissances pures, sans ambiguïtés, sans crises, sans difficultés. La mauvaise herbe est peut-être extérieure à nous, elle est le plus souvent en nous-mêmes : forces de vie et forces de mort cohabitent dans notre cœur partagé. Que faire de cette mauvaise herbe en nous et autour de nous ? Le propriétaire du champ recommande de ne pas arracher la mauvaise herbe, de peur d’arracher en même temps le blé : « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ! » Il ne s’agit pas, bien sûr, de laisser faire, de ne rien faire, de tout permettre. Il s’agit d’abord de croire que le blé triomphera de la mauvaise herbe et qu’il y aura une moisson : « C’est au cœur de la nuit il est beau de croire à l’aurore » ; il s’agit ensuite de renoncer à trier, à juger ou à exterminer.

L’Avent c’est donc aussi le temps de la patience, de la conversion, du travail sur nous-mêmes, dans la sérénité et sous le regard aimant du Père, pour transformer modestement ce qui en nous et autour de nous n’est pas dans le sens de l’Evangile. Arracher est une action violente, destructrice. Laisser pousser ensemble est une action respectueuse de notre monde, de notre vie, de notre entourage ; c’est une dés-appropriation, une dé-maîtrise, car fondamentalement nous ne sommes pas propriétaires de notre vie, de notre monde, mais c’est le Père qui, avec notre consentement, avec notre collaboration, agit pour nous rendre chaque jour plus conforme à son Fils, pour faire de nous ses enfants, des frères et des sœurs en Jésus Christ. En ce sens, l’Avent est aussi le temps du vivre-ensemble, dans un monde, dans une société, dans une Eglise, qui ne sont pas totalement purs. Au bout de l’Avent il y a Noël ; or, pour reprendre le titre d’un recueil de nouvelles de Maxime Piolot : « Même les loups fêtent Noël ».

L’Avent est le temps de la foi, ou de la confiance : Dieu sait ce qu’il fait quand il sème et il sait que la moisson sera au rendez-vous. C’est le temps de l’espérance ou de la patience : toute une année liturgique ne sera pas de trop pour nous faire passer avec le Christ de la mort à la vie. C’est le temps de la charité active, ou de l’engagement au service de Dieu et de nos frères en humanité. Bon Avent et Bon Noël !

F. Jean Yves Hamon

Des saints inimitables

La fête de la Toussaint nous offre une riche palette de visages. Car la sainteté fleurit dans tous les états de vie, dans toutes les situations de l’existence, dans tous les âges, sur tous les continents. Certes, la sainteté consiste à « imiter le Christ », mais le modèle est si inimitable que l »‘imitation » n’est jamais la reproduction, la copie conforme ou le clonage! L’alliance de la grâce et de la liberté ne peut donner naissance qu’à des oeuvres uniques, originales, singulières.

Fêter les saints, c’est essayer de laisser transparaître dans notre vie un aspect du visage de Jésus. Si nous feuilletons le livre des saints, nous pouvons nous trouver en harmonie avec tel ou tel, parfois celui dont nous portons le prénom, parfois un autre. Nous nous reconnaissons un peu dans son parcours, dans certains traits de son caractère, dans ses qualités ou ses défauts! Nous souhaitons mieux le connaître; une complicité s’établit entre nous. Il devient peu à peu un invisible compagnon de route.

C’est ainsi que des courants spirituels ont fleuri dans l’Eglise. Des chrétiens ont choisi de vivre l’Evangile et de suivre le Christ à la manière de François, de Benoît ou de Dominique, à la manière d’Ignace, de Thérèse – la grande ou la petite-, de Charles de Foucauld ou de Madeleine Delbrêl, à la manière de Jean-Baptiste de la Salle, de Marie Balavenne, d’Angèle Mérici ou de Jean-Marie de la Mennais, ou de bien d’autres encore.

Paul ne dit-il pas : « Chacun d’eux a agi selon les dons que le Seigneur lui a accordés. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui faisait croître ». (1 Co 3, 6-7).

Frère Jean-Yves HAMON